Éditorial

Les problèmes liés à la santé présentent cette caractéristique d’être à la fois universels et uniques, comme tout ce qui concerne fondamentalement l’être humain. La récurrence des problèmes qu’elle pose, et dont la mode actuelle figure le dernier avatar en date, constitue une raison contingente de s’y intéresser, beaucoup moins importante que celle, suffisante, évoquée d’entrée de jeu.

Pour autant, l’engouement rencontré aujourd’hui par la thématique de la santé, s’il n’est pas nouveau en soi, affirme sa nouveauté par sa très forte généralisation, dont une bonne part est due à la « couverture » assurée par les médias : ouvrages, magazines, colloques, articles, émissions radiophoniques et télévisées se multiplient qui abordent pareil sujet d’actualité.

La santé est liée à la condition humaine, nécessaire à l’homme pour lui assurer un tant soit peu de bonheur, contingent aussi comme lui ; ce sont là autant de motifs qui conduisent à s’interroger sur une notion dont la banalité et le succès exigent qu’il en soit recherché quelque définition, même si, dans la vie quotidienne, il arrive d’utiliser une notion sans la définir avec précision.

Selon toute apparence, la notion de santé est de nature multiple ; ou, tout du moins, elle concerne à la fois l’homme et le monde qu’il habite. Il est clair qu’elle a à voir avec l’homme dans sa totalité, tant corps que d’esprit, et en tout cas esprit incarné. Parce que la santé figure d’abord un équilibre, en particulier de type cérébral, le souhait général qui s’exprime depuis de longs siècles est que se manifeste « un esprit sain dans un corps sain ».

Aussi, dans cette perspective, l’exercice de la santé implique un art de vivre, une morale parce qu’elle est une forme de « bien-être ». Et, parce qu’elle relève de la mise en ordre de soi, du lieu habité, elle s’appuie, au sens étymologique comme au sens restreint, sur l’économique et le politique.

Complète, la notion de santé paraît ne connaître aucune forme fixe, mais des limites amovibles et aléatoires : selon les époques, selon les lieux, selon les approches. Il revient alors à l’histoire et la philosophie de l’étudier.

À l’histoire d’en mettre au jour les différents et successifs contenus ; à la philosophie de rechercher, derrière une notion englobante, les concepts, les conceptions et les idéologies qui contribuent en un temps et en un lieu, à la modeler, à la forger, à la faire évoluer. Main dans la main, ces deux « disciplines » de la pensée claire ont en commun de poser ensemble la question de la définition d’une santé, à la fois globale et réductrice, englobante et englobée, sectorielle et disciplinaire.

L’impertinence de leur questionnement — lorsqu’elles demandent de quelle discipline, de quelles personnes, de quels professionnels relève la légitimité d’une définition de la notion de santé — constitue un gage de l’exercice de la liberté, car cette notion s’avère tout à la fois positive et silencieuse, banale et discrète et, pour ces raisons, difficile à clarifier et — plus encore — à déterminer.

Aujourd’hui, toute tentative de définition de la notion de santé relève de deux champs de savoir distincts, dont l’interpénétration souvent recommandée reste en général lettre morte : ce que l’on mange et l’importance de l’apparence. Leurs analyses successives entendent démontrer la justesse de l’ambition affirmée : à savoir que la notion de santé, en raison de sa complexité, échappe pour partie aux unes comme aux autres et que seule une approche plurielle, tant philosophique qu’historienne, est à même d’en révéler les côtés inconnus et le succès.

Accepter l’autre comme il est

Guy Parent

 

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