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Démêler le vrai du faux parmi les nombreux propos des «stars» du mieux-être en ligne

18 novembre 2017 |Émilie Folie-Boivin Photo: Maude Chauvin pour Maison Jacynthe Jacynthe René parle de son style de vie en symbiose avec la nature dans ses livres, ses magazines et ses émissions sur Maison Jacynthe.

Les cadeaux de Noël de fiston ne sont pas encore achetés qu’on se demande déjà comment on va se remettre des excès des fêtes de fin d’année à venir. Grâce aux stars du mieux-être et de la santé, les conseils pour remettre son foie et son estomac sur pied abondent sur le Web. Mais dans ce Far West de propositions se glissent des informations contradictoires, parfois farfelues, à tel point qu’on en vient à ne plus trop savoir ce qui serait bon pour nous. La santé serait-elle devenue trop compliquée, docteur ?

Vous cherchez une manière de perdre du poids, de réduire la fatigue ? Pourquoi boire de l’eau (ça ne goûte rien), s’assurer une bonne nuit de sommeil (oui, mais on est en plein binge de Stranger Things !), faire une promenade par jour (on gèle dehors !) quand des solutions bien plus séduisantes et faciles à adopter sont joliment offertes par les vedettes du mieux-être. Le choix est tellement vaste qu’on a parfois l’impression d’être dans une version holistique des histoires dont vous êtes le héros.

Cette cacophonie ambiante, le cardiologue Martin Juneau la trouve plutôt préoccupante. Les icônes de la trempe de Gwyneth Paltrow, qui, avec son site Goop, refile toutes sortes de conseils à ses 1,8 million de lecteurs par mois, ne l’alarment pas trop. (Même si elle tire profit de propositions louches, comme des oeufs de jade à insérer dans le vagin pour aider les femmes à se sentir mieux — tout en avouant candidement qu’elle n’a aucune idée de ce qu’elle avance parfois avec Goop.)

Le directeur de la prévention de l’Institut de cardiologie de Montréal est toutefois très inquiet de la popularité de certains médecins et pseudomédecins auxquels les gens accordent beaucoup de crédibilité. Il cite le cas du cardiologue britannique Aseem Malhotra, l’un de ces experts aux propos louches qu’il suit sur Twitter pour se tenir au parfum des tendances et pour mieux comprendre l’origine de ce que ses patients lui sortent parfois dans son bureau. « Malhotra prétend que tout ce qu’on s’est fait dire sur les gras depuis 30 ans, c’est basé sur de mauvaises études et qu’on peut manger à volonté du bacon, des saucisses, puis mettre du beurre dans son café. Il est beau, il a un charisme fou, ses conférences sont toujours bondées, mais ce qu’il dit est épouvantable », note le cardiologue.

Alors, pourquoi croit-on ces gens ? « Parce que leur discours est sexy. Ils racontent une histoire et ça amène les gens à s’intéresser à ce qui se passe dans leur corps », croit Olivier Bernard, pharmacien et auteur mieux connu sous le nom de Pharmachien. Sans compter qu’acheter un sérum ou le dernier superaliment en vogue demande beaucoup moins d’effort que de changer ses habitudes alimentaires. Leur message a donc plus de punch que celui des nutritionnistes et des professionnels de la santé. Ces derniers savent bien qu’il est difficile de rivaliser avec des stars du Web qui, par leur nombre d’abonnés, ont une portée beaucoup plus grande que la leur. « Même les médecins sont mêlés par ce qu’ils lisent, et ils ne savent pas trop comment réagir », souligne le Dr Juneau. Il donne d’ailleurs régulièrement des conférences devant ses pairs pour les aider à démêler le vrai du faux. Si les docteurs ne s’y retrouvent plus, imaginez le grand public.

Obscures zones grises

Les messages contradictoires abondent, si bien que les consommateurs ne savent plus qui croire lorsqu’ils souhaitent prendre leur santé en main. « Et ça contribue à alimenter le mythe que bien manger, c’est compliqué », observe le nutritionniste Bernard Lavallée, qui reconnaît en toute humilité qu’en prenant la parole ici, il participe lui aussi au bruit ambiant.

Photo: Slaven Vlasic Agence France-PresseAvec son site Goop, ses magazines et ses livres de recettes, l’icône Gwyneth Paltrow refile toutes sortes de conseils à ses 1,8 million de lecteurs par mois.

Le problème est qu’il y a souvent une part de vérité dans les conseils — même les plus fantaisistes — prodigués par les apôtres du mieux-être. Chaque fois, le Pharmachien Olivier Bernard s’en étonne. « La gimmick en santé, c’est qu’ils partent de faits qui sont intéressants en soi, mais ils finissent souvent par les exagérer et les déformer. Les gens n’aiment pas les nuances, ils préfèrent qu’on leur dise que le lait n’est pas bon, c’est tellement plus simple. Les zones grises, c’est ce qu’il y a de plus compliqué à expliquer. » C’est pourquoi, en tant que professionnel de la santé, il se donne pour mission de dénoncer les propos erronés, comme il l’a fait par le passé au sujet des propos de Jacynthe René sur les crèmes solaires.

La comédienne parle de son style de vie en symbiose avec la nature dans ses livres, ses magazines et ses émissions sur Maison Jacynthe, dont l’entreprise emploie aujourd’hui26 personnes à temps plein. Par courriel, elle souligne que ses propos de l’époque avaient été pris hors contexte, et elle se défend bien de tenir des propos dommageables. « J’ai développé des plateformes parce que j’avais envie de partager des inspirations que le traditionnel ne partage pas et qui pourtant font un bien fou. J’ajouterais même qu’aucune de celles-ci ne comporte des dangers excessifs : “Boire trop de jus vert ? Ajouter un 15e légume à sa salade ? Favoriser une routine beauté au naturel ?” »

La beauté de la chose

Justement, il peut y avoir du très bon dans ce que les dieux et déesses de la santé holistique véhiculent. « J’y vois plus de positif que de négatif, avoue le Pharmachien, qui n’aurait jamais pensé, en obtenant son diplôme en 2004, que la santé serait un jour à la mode. C’est vraiment l’fun ! Bon, les gens se font avoir sur certaines choses parfois, mais ces blogues les font réfléchir sur ce qu’ils mangent et sur leur activité physique. En soi, l’intention est loin d’être mauvaise. »

Et pour ceux qui se demandent toujours comment se remettre sur le piton le 2 janvier, les solutions ne sont finalement pas du tout compliquées — et on les connaît probablement sur le bout de nos doigts (manger plus de protéines végétales, consommer moins de viande rouge et d’aliments transformés, être actif, boire de l’eau, cesser de fumer, etc.).

La nutritionniste Guylaine Guèvremont croit que cette quête doit avant tout être faite avec son coeur, et non avec sa tête. « On vit dans une société où de plus en plus de gens veulent voir dans les aliments quelque chose de particulier, remarque la fondatrice de la clinique MuUla, qui aide les gens à en finir avec leurs problèmes alimentaires. Mais le corps sait ce qui est bon pour lui. L’important, c’est de ne pas se priver et de s’écouter. Remarquez que j’ai toujours l’impression de nager à contre-courant en disant ça ! » conclut-elle en riant.

Trois arguments farfelusPas toujours facile de discerner le vrai du faux devant les arguments si convaincants des apôtres du bien-être. Pour nous y aider, le pharmacien Olivier Bernard nous livre quelques propos qui devraient déclencher notre détecteur de faussetés, propos tirés de son récent livre Le Pharmachien 3, la bible des arguments bidon (Éditions Les Malins).

« Ça a fonctionné pour moi. » « Les témoignages et les commentaires ne valent rien, car ils ne sont pas généralisables en raison de nombreux facteurs. » Surtout que certains porte-parole du mieux-être n’hésitent pas à supprimer les commentaires négatifs.

L’absolu, les solutions extrêmes. « Si je vous propose un remède qui guérit tous les problèmes de santé, vous allez dire que c’est louche. Ce l’est aussi quand on dit de couper le gluten ou tous les produits laitiers, par exemple. »

Le mot « naturel ». « Un pain dont on vante les ingrédients 100 % naturels, ça veut dire quoi exactement ? C’est devenu un mot marketing utilisé à toutes les sauces. Après tout, le venin est naturel, mais ce n’est pas conseillé d’en mettre sur tes toasts à l’avocat. »

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