L’Appel, la voie disparue

0
208

Comment rappeler une voie disparue ? Comment convoquer à nouveau cette pensée, ce temps, que seul le temps lui-même. Cette menace à l’égard de toute pensée à elle-même ? Comment, à partir de simples traces, redonner vie à toute la détresse de la perplexité, à la passion du questionnement, à l’attention de la lecture, à l’extase prudente de l’écriture, à la patience d’attendre la venue de la chose espérée, d’attendre les mots susceptibles d’ouvrir et, tout à la fois, de sceller un certain chemin, « l’APPEL », l’appel de Dieu ?

Y a-t-il un temps réel, peut-on à défaut en inventer un, qui permet de parler d’un autre temps sans le priver de son intensité ni le réduire à n’être qu’une ombre floue du présent ? Comment donc reprendre un chemin qui provient d’un autre temps ? Cela n’est possible que par la remémoration, en remontant ce chemin par la pensée jusqu’à son commencement.

Une telle pensée remémorante n’a rien à voir avec la représentation, elle ne cherche pas à reproduire ce chemin, à en donner une réplique, le double actuel d’un original passé. Il s’agit plutôt, dans la remémoration, d’entreprendre de penser ce qui a déterminé le chemin et prolongé son parcours. Par la remémoration, on fait retour vers le commencement qui aura toujours soutenu la pensée dans son cours, jusqu’à la pensée remémorante elle-même.

On voudra, avant tout peut-être, se rappeler de manière méditative ce qui est annoncé dans les Écrits, le mot par lequel le commencement, Dieu. Ce mot par lequel, même

si cela implique toujours un renvoi particulier au commencement de la création. La remémoration esquisse plus ouvertement un dépassement de la philosophie que celle-ci elle-même, elle avait déjà tenté à son commencement le retour au commencement, le recul, à partir de la philosophie, qui la précède et la rend initialement possible, la régression en deçà de la limite de la philosophie vers qui l’a initialement délimitée.

La remémoration ne peut se déployer que comme pensée magique. Dès lors que l’on pose la question du commencement, le commencement est toujours déjà en jeu, et depuis longtemps, privant la question de toute prérogative. Être en mesure de commencer, c’est être déjà impliqué dans et par le commencement, et lorsqu’on en vient à mettre celui-ci en question, on ne fait que retourner vers lui, d’une manière différente, d’une manière questionnante, en se tournant vers ce qui, déjà, détermine la mise en question.

La remémoration traduit le commencement. Il s’agit d’utiliser le potentiel sémantique de l’Appel pour donner un prolongement à ce qui résonne dans ces discours, en offrant à ces discours un écho dans une autre langue et en les faisant résonner dans le son de l’Appel.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here