Véronique, un cœur bon

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Une tradition de l’Église raconte que, un peu plus tard, une femme se porte au-devant du Seigneur afin de lui nettoyer le visage. C’est la seule donnée que nous ayons sur Véronique, puisque c’est sous ce nom qu’elle est connue. Elle n’avait peut-être jamais réfléchi consciemment sur ce désir — voir le visage de Jésus-Christ — et, même si elle l’avait fait, elle aurait pu penser que le motif qui l’animait maintenant pour chercher ce visage était plus simple : elle voulait uniquement faire preuve de délicatesse avec cet Homme qui souffrait. Cependant, cette femme, qui n’apparaît même pas dans les Évangiles, a donné un nom au désir de contempler le visage de Dieu. Quant à vous, heureux vos yeux parce qu’ils voient […]. En vérité je vous le dis, beaucoup de prophètes et de justes ont souhaité voir ce que vous voyez et ne l’ont pas vu (1). Si on peut appliquer spécialement à Véronique ces mots, si elle a satisfait cette aspiration qui a comblé l’âme de tant et tant de saints au long de l’histoire, ce fut à cause de sa bonté simple, parce que son cœur de femme bienveillante ne se laisse pas « imprégner par la brutalité des soldats ni immobiliser par la peur des disciples » (2), elle ne s’arrête pas lorsqu’elle a l’occasion de rendre un petit service. Et cet « acte d’amour imprime dans son cœur la vraie image de Jésus » (3).

Le visage du Dieu fait Homme reste sans doute gravé sur ce voile, mais c’est surtout dans ses entrailles miséricordieuses qu’il reste gravé. « Le Rédempteur du monde donne à Véronique une image authentique de son visage. Le voile sur lequel reste imprimé le visage du Christ devient un message pour nous. Il dit en un sens : voilà comment toute action bonne, tout geste de véritable amour envers le prochain renforce en celui qui l’accomplit la ressemblance avec le Rédempteur du monde. Les actes d’amour ne passent pas. Tout geste de bonté, de compréhension, de service, laisse dans le cœur de l’homme un signe indélébile, qui le rend toujours plus semblable à celui qui “se dépouilla lui-même, en prenant la condition de serviteur” (Ph 2, 7). Ainsi se forme l’identité de l’homme, son vrai nom. (4) » N’est-ce pas là une manière accessible de chercher le visage de Jésus-Christ ? N’est-ce pas aussi une manière de le rendre présent parmi ceux qui nous entourent ? Il est possible que nous ayons dans notre vie l’occasion de rendre de grands services aux autres, de renoncer à quelque chose d’un grand prix pour les aider.

Or, que de telles occasions se présentent ou non, essayons de vivre au quotidien avec un cœur bon, capable de sentir s’éveiller en lui la compassion à l’égard des peines des créatures, capables de comprendre que, pour porter remède aux tourments qui assaillent, et bien souvent angoissent, les âmes en ce monde, le véritable baume est l’amour, la charité : toutes les autres consolations servent à peine à distraire un moment pour ne laisser, plus tard, qu’amertume et désespoir (5). Souvent, ce qui aide les âmes à découvrir le regard plein d’amour du Seigneur, c’est précisément de voir comment ses disciples, malgré leurs limites, sont capables de remarquer de quoi elles ont le plus besoin, de découvrir des marques d’attention que, si elles étaient omises, personne ne réclamerait, mais qui, en revanche, poussent à une reconnaissance du fond du cœur lorsqu’on en bénéficie.

Si, ayant un sens surnaturel, nous agissons de la sorte, nous satisfaisons — autant qu’il est possible de le faire dans cette vie — le désir de contempler le visage de Jésus-Christ. Et, en même temps, nous permettons à d’autres personnes d’arriver à le rencontrer. Il se peut qu’ils ne le remarquent pas immédiatement et qu’ils aient besoin d’un peu de temps pour découvrir le Seigneur, mais ils ne manqueront pas de percevoir dès le premier moment qu’il y a quelque chose de spécial chez ceux qui les traitent avec une bonté aussi simple. Si nous voulons découvrir à d’autres le visage très aimable du Maître, essayons de dispenser amabilité, sérénité, paix, patience, respect, courtoisie, affection ; y compris lorsque nous n’attendrons pas d’être payés de retour ; si nous voulons voir chez les autres le visage de Jésus, approchons-nous d’eux avec un cœur simple, un cœur qui apprécie, admire et aime les parents, les enfants, les personnes du même centre, les amis, un par un ; qui découvre commet chacun d’eux reflète, à sa manière, la bonté de Dieu.

 

(1) Mt 13, 16-17.

(2) J. Ratzinger, Chemin de Croix au Colisée, Vendredi Saint 2005, VIe station.

(3) Ibid.

(4) Jean Paul II, Chemin de Croix au Colisée, Vendredi Saint 2000, VIe station.

(5) Quand le Christ passe, n° 167.

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