« Passe derrière moi, Satan » Jésus à un ami// Père Guy Simard

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Photo du Père avec l’étole mariale

L’évangile d’hier, à la messe dominicale, était la suite immédiate de l’évangile de dimanche dernier alors que l’apôtre Pierre avait prononcé une des réponses les plus belles que l’on puisse donner à la question que Jésus pose un jour ou l’autre à chacun de ses disciples: « Pour vous (pour toi), qui suis-je? ». Saint Pierre avait répondu ce jour-là: « Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant ». Ce qui lui a valu cette réponse admirable de Jésus: « Heureux es-tu Simon, fils de Jonas, car ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Et moi, je te le déclare: « Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Église; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. » (Mt 16, 17-18).

Cela faisait environ un an et demi que Jésus parcourait la Galilée, la Samarie et la Judée en compagnie de ses apôtres. Le moment était venu de leur demander ce qu’ils savaient de Lui, ce qu’ils percevaient du mystère de sa Personne. Une fois que Jésus s’est rendu compte que ses plus proches collaborateurs se faisaient une idée assez exacte de sa Personne, il leur a parlé pour la première fois du fait qu’il devait souffrir, être frappé, tué et le troisième jour ressusciter (Mt 16, 21). Le mystère pascal de mort et de résurrection qui, je crois, devait hanter la conscience de Jésus depuis toujours, mais surtout depuis le début de sa vie publique, était pour la première fois révélé à ses plus proches amis. Et ce fut un choc, un scandale. Ce qui a poussé Pierre à dire à son Maître: « Dieu t’en garde Seigneur ! Cela ne t’arrivera pas ». Ce à quoi Jésus a répondu: « Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute: tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » (Mt 16, 23). Et immédiatement après, Jésus révèle que tout disciple devra porter sa croix: « Alors Jésus dit à ses disciples : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. » (Mt 16, 24)

Ce passage des évangiles revêt une importance capitale pour nous, chrétiens et catholiques qui vivons à Montréal. Nous sommes bombardés à l’année longue par les critiques négatives à l’égard de notre religion par les personnes qui détiennent le gros bout du crachoir; je veux nommer ici les journalistes et les gens des médias. Quand le thème de la souffrance est abordé en rapport avec la foi chrétienne sur les ondes radiophoniques ou télévisuelles, il n’est pas rare d’entendre une phrase comme celle-ci: « Cet amour de la souffrance ou cet éloge de la souffrance, c’est très « judéo-chrétien ». Bêtise! Notre chère religion et notre chère mère l’Église catholique n’ont jamais, en ses autorités les plus hautes, fait l’éloge de la souffrance, l’apologie de la souffrance. La souffrance est un mal et un mal que Jésus à longueur de journée a essayé d’enrayer ou de soulager. Les chrétiens ne sont pas masochistes. Jésus sait que la souffrance existe et qu’elle existera toujours. Chacun de nous a souffert, souffre et souffrira. Cela est un fait vérifiable à chaque jour. Jésus est venu nous révéler que tout cela a un sens dans la pensée de Dieu. La souffrance est un mal pénible, mais elle peut servir la cause la plus noble qui soit: le salut de l’humanité. Pour cela, il faut croire que Dieu existe, que le mal existe, que nous sommes appelés à une béatitude éternelle, et que la possibilité d’une damnation éternelle existe elle aussi. C’est d’ailleurs ce que le mot Satan employé par Jésus, révèle. Il faut croire à tout cela, pour pouvoir donner à la souffrance la place qu’elle occupe dans la vie du chrétien et dans l’histoire du salut.

Dire que Jésus et ses disciples font l’éloge de la souffrance, c’est tout simplement mentir et induire en erreur. Jésus et ses disciples font l’éloge du salut éternel. Et la bonté de Dieu s’est manifestée précisément en ceci: le mal et la souffrance introduits par le premier péché, affectent toute personne. Mais ce mal peut contribuer au bien suprême de l’être humain, c’est-à-dire son salut éternel. Il faut beaucoup de foi pour croire à cela. Mais c’est précisément cela la foi.

Le chrétien, normalement, ne devrait pas rechercher la souffrance. La souffrance viendra d’elle-même. Mais lorsque la souffrance se présente, le chrétien a l’énorme avantage de savoir qu’il peut la tourner à son profit et au profit du monde entier, malgré la souffrance elle-même, en quelque sorte. En offrant nos souffrances par amour, comme Jésus l’a fait, nous contribuons à notre salut personnel et au salut de l’humanité.

« Passe derrière moi, Satan »

Il en a fallu du temps à Jésus avant qu’Il n’ose apprendre à ses apôtres qu’il lui faudra souffrir, être tué et ressusciter. Les paroles très dures que Jésus a adressées ce jour-là à son grand ami Simon-Pierre, ne s’expliquent que par le fait que la perspective de devoir souffrir et être tué, étaient très pénible à envisager pour Jésus. Jésus savait que c’était la Volonté de son Père pour que le monde soit sauvé; mais comme il lui en a coûté de dire oui à cette volonté divine. C’est pour cela que quiconque voulait le détourner de cette mission, ne pouvait que se faire mettre à sa place sans ménagement. Ce fut le cas pour le diable lorsqu’il a essayé de détourner Jésus de sa mission, dans le désert, au lendemain de son baptême. C’est le cas maintenant pour Pierre qui, sans le vouloir ou s’en rendre compte, faisait le jeu du démon. Qui, connaissant cette phrase très forte que Jésus a adressée à son bon ami Pierre, pourrait oser croire ou même dire que Jésus aimait la souffrance et faisait l’éloge de la souffrance?

J’aime beaucoup la façon directe, sans détour, et parfois très dérangeante ou même choquante avec laquelle Jésus s’adressait à ses interlocuteurs, ennemis ou amis. Jésus ne faisait pas dans la dentelle, comme on dit par chez nous. Durant mes vacances, j’ai essayé de regarder à chaque jour un épisode de la série télévisée intitulée: « Les belles histoires des pays d’en haut ». Cette série passait deux fois par jour à la télévision durant mes vacances. Au Québec, cette série est un classique. Ces « belles histoires » ont bercé mon enfance. J’aime beaucoup m’y replonger. Les personnages de cette œuvre littéraire et télévisuelle sont tellement bien campés. Une fois qu’on les connaît, plus rien ne nous surprend mais tout nous touche. Une des raisons pour lesquelles j’aime cette série, est la suivante: les gens de ce village fictif d’autrefois, se parlent vraiment dans le casque, comme on dit encore par chez nous. Ils n’y vont pas par quatre chemins pour dire aux autres leurs quatre vérités. J’aime beaucoup cela. Cela est très évangélique, selon moi. Vous pourrez regarder, si le cœur vous en dit, une de ces émissions en visionnant la vidéo mise ci-dessous. Dans cet épisode, intitulé « Le demiard de mélasse » vers la fin de l’émission (aux environs de la quarantième minute), Alexis ne se gêne pas pour mettre à sa place le propriétaire du magasin général, Todore Bouchonneau. Il lui reproche son manque de discrétion pour quelqu’un qui travaille dans le public. Il lui dit qu’avec son commérage, tout le village va bientôt être au courant d’un fait divers qu’il aurait mieux valu tenir secret. Alexis savait très bien qu’à ses côtés, se tenait à ce moment-là le Père Ovide, le rapporteur officiel de Séraphin, l’avare du lieu. Pour cette raison, la crainte d’Alexis de voir le potin s’envoler aux quatre coins du village, était très justifiée.

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